ROME


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Jusqu’au XIXe siècle, Rome fut un des principaux foyers d’art de l’Europe (pour la Rome antique, cf. ROME ET EMPIRE ROMAIN - L’art). En instituant, en 1666, l’Académie de France à Rome, Colbert ne fit que sanctionner au profit des «pensionnaires» de Louis XIV une coutume internationale: le voyage à Rome, jugé indispensable à la formation d’un artiste. Depuis le XVIe siècle, d’importantes colonies d’artistes, rassemblés par nations, s’étaient constituées à Rome et accueillaient les nouveaux venus. Les meilleurs cherchaient à bénéficier de la clientèle des papes et des riches amateurs; tous pratiquaient assidûment les maîtres de la Renaissance et de l’Antiquité.

École féconde d’abord, où naissent les grands courants de l’art européen, Rome, au XIXe siècle, s’épuise; son évolution artistique ne concerne plus qu’elle-même. L’académisme solennel du temps du roi Humbert Ier, la manie fasciste de l’emphase affectèrent longuement l’architecture de la capitale de l’Italie. Cependant, l’expansion urbaine est planifiée depuis 1870, et, aujourd’hui, c’est surtout loin du centre historique, dans certains quartiers de création récente, que les urbanistes contemporains, délivrés des servitudes du pastiche, proposent des solutions neuves: Monte Mario, l’E.U.R. (exposition universelle de Rome).

Survivance de l’antique

Si l’exemple de l’art antique resta prééminent en Occident, ce fut en grande partie à cause du destin particulier de Rome. La ville survécut à sa déchéance (fondation, en 326, d’une nouvelle capitale de l’Empire romain sur le Bosphore, Constantinople). Pillée par les Barbares (en 410 par Alaric, en 455 par Genseric, en 472 par Ricimer, et encore en 1085 par le Normands de Robert Guiscard), elle ne fut pas rasée. La population décimée (probablement 1 million d’habitants sous l’Empire; 50 000 habitants environ au VIIe siècle) avait abandonné les collines où l’eau ne coulait plus des aqueducs ruinés, pour se rassembler sur les bords du Tibre, dans l’ancien quartier monumental du champ de Mars, sur l’île Tibérine et sur les rives du Transtévère. Le peuple improvisait des logis dans les thermes abandonnés, au flanc des théâtres, sous les portiques, à l’aide de matériaux arrachés aux murs antiques. Les nobles accaparaient un ou plusieurs monuments: le mausolée d’Auguste servit de camp retranché aux Colonna (XIe-XIIIe siècle); les Frangipani s’embusquèrent sur le Palatin, tenant aussi, vers 1145, l’arc de Titus, le Colisée, le Septizonium et le Grand Cirque. Sur le Capitole, le Tabularium fut le repaire des Corsi (XIe siècle), avant d’accueillir le sénat de la Commune de Rome, proclamée au XIIe siècle. Le mausolée d’Hadrien, dès longtemps transformé en prison-forteresse (le château Saint-Ange), constituait l’avant-poste de la basilique et du palais pontifical du Vatican. En sorte que la ville médiévale, qui n’eut jamais de dessin propre, ne fut qu’une prolifération de la ville antique. Les tours baronales poussèrent sur les ruines croulantes, constituées en rocca . La tour des Milices, ouvrage des Conti (1210), domine encore aujourd’hui le quartier des marchés de Trajan.

Le prestige de la ville restait immense: on honorait à Rome la tombe de l’apôtre Pierre, et cette antique métropole d’un empire païen était devenue la ville sainte des chrétiens d’Occident. Son rang de capitale religieuse lui avait été officiellement acquis après la conversion de Constantin (313). Les fondations de cet empereur s’élevèrent, il est vrai, sur des tombes de martyrs et hors des murs; ces lieux saints extra muros , où tendait la dévotion des pèlerins, devaient déterminer tout un système centrifuge d’axes urbains, mais qui, calqué sur le réseau divergent des voies antiques, n’amena pas de bouleversements fondamentaux dans la configuration de la ville: Saint-Paul-hors-les-Murs sur la voie Ostiense, Saint-Laurent-hors-les-Murs sur la Tiburtine, Sainte-Agnès-hors-les-Murs sur la Nomentane. Cependant la basilique Saint-Pierre au Vatican suscita un nouveau quartier, le Borgo; un centre administratif et religieux s’établit durablement, loin des quartiers habités, au Latran, près du palais impérial, où Constantin avait établi le pape, et de la cathédrale de Rome: Saint-Jean-de-Latran.

Les églises de Constantin étaient construites sur le modèle de la basilique, l’édifice public romain par excellence. De la sorte, et quoiqu’on ait évité le type précis du temple romano-étrusque, c’est dans le cadre des formes romaines que s’épanouit la nouvelle liturgie. Les constructions pontificales du Ve siècle, entreprises cette fois dans l’enceinte d’Aurélien, contribuèrent aussi à la revalorisation de l’art antique dans le contexte chrétien; les basiliques de Sainte-Sabine (425), de Sainte-Marie-Majeure (440), la tholos de Saint-Étienne-le-Rond (483) sont d’excellentes imitations des constructions des IIe et IIIe siècles. Plus tard, on en vint même à convertir des édifices païens en églises: en 608, le Panthéon d’Agrippa devint Sainte-Marie-des-Martyrs. La continuité s’est ouvertement établie entre l’art païen et l’art chrétien.

Arts du Moyen Âge

Des influences extérieures, cependant, s’exerçaient: les ornements des basiliques paléo-chrétiennes étaient souvent importés de Constantinople. Les formules de la peinture byzantine ont pénétré la tradition de la mosaïque romaine, florissante depuis le Ve siècle (mosaïques de Sainte-Marie-Majeure, de Sainte-Praxède, du Baptistère du Latran, de Saint-Marc, de Sainte-Marie in Domnica, etc.). Les campaniles romains, de type lombard, sont incrustés de céramiques musulmanes (campaniles des Saints-Jean-et-Paul, de Sainte-Françoise-Romaine). Le goût barbare, les modèles byzantins et la familiarité de l’antique ont présidé aux inventions scintillantes des marbriers romains (fin XIe-début XIVe siècle): ils couvrent d’une géométrie multicolore les pavements des églises (Sainte-Marie in Cosmedin, Sainte-Marie d’Aracoeli, etc.), les mobiliers de chœur (Saint-Clément), les porches (Saint-Thomas in Formis), les cloîtres (Saint-Jean-de-Latran, Saint-Paul-hors-les-Murs). Au XIIIe siècle, ils exportent jusqu’en Angleterre (tombeaux d’Édouard le Confesseur et d’Édouard III à Westminster; pavement de la cathédrale et tombeau d’Édouard II à Cantorbéry). Mais leurs marbres et leurs porphyres ont été souvent arrachés aux ruines, et ces héritiers des artisans antiques n’adoptèrent que difficilement les formes aiguës du gothique (le ciborium de Saint-Paul-hors-les-Murs, celui de Sainte-Marie-du-Transtévère, auxquels travailla d’ailleurs Arnolfo di Cambio). Car Rome préserva son inspiration spécifique: le style gothique, diffusé alors dans tout l’Occident par les ordres mendiants, n’y est guère représenté que par une seule église, Sainte-Marie-de-la-Minerve. Et, dans le temps qu’on l’entreprend (1280), Pietro Cavallini et Jacopo Torriti cherchent les voies d’un renouvellement de la peinture à partir des modèles du Ve siècle: fresques de Saint-Paul-hors-les-Murs (disparues), de Sainte-Cécile-du-Transtévère; mosaïque d’abside de Sainte-Marie-Majeure.

Renaissance

La Renaissance fut d’abord florentine. Mais, une fois admis le principe d’un art fondé sur l’imitation concertée de la nature et de l’antique, Rome reprendra la prééminence. Quand, au XVe siècle, après l’épisode de la papauté d’Avignon et la crise du Schisme, elle recouvre son rang de ville pontificale, elle est l’objet de l’universel intérêt des humanistes. Alberti, Francesco di Giorgio, Giuliano de Sangallo vinrent tour à tour mesurer ses monuments, s’efforçant à travers eux d’interpréter Vitruve. Le mécénat des papes et des cardinaux humanistes attire aussi les artistes, et c’est à Rome que s’accomplissent les promesses de Florence. Le palais de Venise, dont le grand cortile a été parfois attribué à L. B. Alberti, fut commencé en 1455 pour le cardinal Barbo, le futur Paul II. L’influence de Bramante est sensible au palais de la Chancellerie, élevé entre 1485 et 1511 pour le cardinal Riario. Lieu de rencontre de la religion et de l’humanisme (constitution de la bibliothèque Vaticane, seconde moitié du XVe siècle), Rome promettait de devenir une cité idéale: le premier, Nicolas V (1447-1455) patronna un projet, peut-être établi par Alberti, pour la rénovation du Borgo. Sixte IV (1471-1484) et Jules II (1503-1513) ordonnèrent des remaniements dans la vieille ville du champ de Mars: le tracé des grandes voies rectifiées procède directement de la géométrie orthogonale de la ville antique (via dei Coronari, della Lungara, di San Celso, où Bramante bâtit l’église Saint-Celse et Antonio da Sangallo le Jeune, la Monnaie; via di Ripetta). Sur la nouvelle via Giulia doit s’élever le palais des Tribunaux (inachevé), projeté par Bramante qui, dans l’intimité des modèles antiques et paléo-chrétien accomplit l’ultime romanisation de son style: le tempietto de San Pietro in Montorio (1504). Durant le premier quart du XVIe siècle, les parfaits chefs-d’œuvre de la Renaissance sont produits à Rome: Michel-Ange décore la voûte de la Sixtine (1512). L’atelier de Raphaël travaille aux Loges du Vatican, aux chambres de la Signature, d’Héliodore, de l’Incendie du Bourg, et préconise, en architecture, des ordonnances dérivées de Bramante (villa Madame, palais Branconio dell’Aquila, palais Caffarelli-Vidoni) qu’élaboreront plus tard Sanmicheli et Palladio. Les fouilles révèlent d’incomparables trouvailles (le Laocoon , en 1506). Rome, de nouveau, recèle les modèles d’un art universel. Jules II ayant décidé d’abattre la basilique constantinienne du Vatican et de reconstruire un nouveau Saint-Pierre, les architectes qui se succédèrent à la tête des travaux de la première église d’Occident entre 1506 et 1614 (Bramante, Raphaël, Fra Giocondo, G. da Sangallo, A. da Sangallo, Michel-Ange, Vignole, Domenico Fontana, Giacomo della Porta, Carlo Maderno) édifièrent un modèle de «grand» style pour toute l’Europe. Non seulement le bâtiment réalisé, mais les projets non avenus, largement diffusés, furent imités; l’abandon du plan central, originellement prévu, et l’édification d’une basilique à coupole pesèrent sur l’évolution de l’architecture religieuse, classique et baroque.

Cependant Rome, où l’argent drainé de toute la chrétienté se convertissait en fastueuses constructions et en œuvres d’art, commit aussi la faute, en la personne de Clément VII, de s’allier à la France contre Charles Quint. La Réforme luthérienne et la prise de la ville, en 1527, par les Impériaux furent de dures leçons.

Le catholicisme triomphant

La politique des papes se fit plus réaliste. La Contre-Réforme s’organisa (concile de Trente, 1545-1563). Après des années d’austérité, une détente s’amorça sous Paul III Farnèse (1534-1550), qui répara les ruines du sac de 1527, confia la fortification de la ville à Antonio da Sangallo le Jeune, ordonna de grands travaux à Michel-Ange vieillissant (place du Capitole). Mais le mécénat des papes est guidé désormais par des impératifs nouveaux: l’art est mis au service de la propagande catholique et la cité de Rome doit offrir l’image du triomphe de la religion. Le monument de la victoire de l’Église, à la gloire de l’ordre des Jésuites, le Gesù, est entrepris en plein centre de la ville (à partir de 1568). L’énorme bâtiment du Collège romain, dessiné par Ammannati, s’implante non loin de la via Lata (1585). L’église des Oratoriens, ou Chiesa Nuova, est construite à dessein sur l’emplacement du quartier mal famé du Pozzo Bianco (1575-1605). Le repeuplement des collines, abandonnées au Moyen Âge, mais contenues dans l’enceinte d’Aurélien, est décidé: Pie IV (1559-1565) ressuscite, sous le nom de strada Pia, l’antique Alta Semita du Quirinal (actuelle via XXi Settembre) qui mène désormais à la résidence d’été des papes (palais du Quirinal) et à la chartreuse de Sainte-Marie-des-Anges, que Michel-Ange aménage dans les ruines des thermes de Dioclétien.

Sixte Quint, enfin, trace sur Rome un réseau de larges voies carrossables, rayonnant à partir des principales églises (la Trinité-des-Monts, Sainte-Marie-Majeure, Sainte-Croix-de-Jérusalem, Saint-Jean-de-Latran). Les longues perspectives des rues droites qu’empruntent les pèlerins s’arrêtent sur la façade d’une église, sur un obélisque antique marqué d’un signe pieux, trophée païen christianisé.

Rome baroque

Cependant, le courant profane du maniérisme européen reculait devant l’imagerie officielle imposée par le concile de Trente; un nouveau langage formel se constituait, grandiloquent mais vigoureux. C’est dans le milieu cosmopolite des artistes de Rome qu’eurent lieu les expériences décisives: en 1595, Annibal Carrache, de Bologne, commençait à décorer la galerie du palais Farnèse dans un style qui réconciliait Raphaël, le dessin académique et la couleur vénitienne: les fondements des deux courants complémentaires de l’art européen du XVIIe siècle, baroque et classicisme, étaient jetés. De Carrache encore naquit la tradition du paysage classique, illustrée à Rome même par les Bril, Poussin et Le Lorrain. Cependant Caravage, un Lombard, peint au vrai, dans un éclairage dramatique, les misères physiques et les gestes naïfs d’humbles modèles. Son genre fait école parmi les Nordiques qui imitent aussi ses scènes de la bohème des tavernes. Guido Reni, Giovanni Lanfranco et, enfin, Pierre de Cortone (plafond du grand salon du palais Barberini, 1639) découvrent la qualité émotionnelle, la luminosité et l’abondance d’un nouveau style édifiant que sanctionnent les papes.

Depuis le règne de Paul V (1605-1621), actif diplomate, la vie de cour connaît un nouveau faste. Les papes mécènes ont des émules dans leur famille, que la pratique du népotisme porte au faîte des honneurs et des richesses. Le cardinal Scipion Borghèse, neveu de Paul V, entretient à sa solde une équipe d’artistes qui restaure ses antiques, décore ses palais et accroît la fameuse collection qu’il abrite dans sa villa. La magnificence de Rome devient l’affaire des Barberini durant le long règne d’Urbain VIII (1623-1644), à qui Bernin dut sa fortune. Ce virtuose du marbre, qui a pratiqué les modèles hellénistiques, porte à l’échelle architecturale les effets plastiques de la sculpture et fait triompher un art coloré, sensuel et théâtral, essentiellement religieux (Baldaquin et gloire du Trône, tombeaux d’Urbain VIII et d’Alexandre VII, à Saint-Pierre; église Saint-André-du-Quirinal). Ses analogies bouleversantes traduisent les idées en réalités sensibles (Transverbération de sainte Thérèse à Sainte-Marie-de-la-Victoire; colonnades courbes de la place Saint-Pierre enserrant la foule des pèlerins comme les bras de l’Église maternelle). Toutefois, son rival Borromini, que lui préféra Innocent X Pamphili (1644-1655), méprise le marbre (nef de Saint-Jean-de-Latran); chez lui, la dynamique des masses résulte d’une géométrie savante et du jeu de volumes complexes (lanterne hélicoïdale de Saint-Yves-de-la-Sapience; campanile de Saint-André delle Fratte; Saint-Charles-aux-Quatre-Fontaines). Tous deux cependant ont travaillé au palais Barberini, demeure de ville d’un type nouveau, et à la place Navone, traitée, selon une formule désormais fréquente dans l’urbanisme romain, comme l’espace complémentaire d’un monument: ici, l’église Sainte-Agnès. Leurs inventions sont réconciliées dans le style scénographique de leurs disciples qui imprime à Rome son aspect définitif (façade de Sainte-Marie-de-la-Paix par Pierre de Cortone; façades de Saint-André della Valle et de Sainte-Marie in Campitelli, loggia du palais Borghèse par Carlo Rainaldi, etc.). Dans la cité pontificale décadente du XVIIIe siècle, l’art baroque survit dans de séduisantes réalisations (escalier de la Trinité-des-Monts, 1725; fontaine de Trevi, 1762). Hors de Rome, si Paris avait mal accueilli Bernin (1665), la veine borrominienne resurgit à Turin (Guarino Guarini), à Vienne (Fischer von Erlach), en Espagne, et jusqu’en Amérique latine.

Un conservatoire des arts

Mais l’Europe se lasse et, après les excès du rococo, aspire encore à la sérénité des modèles classiques. Il n’y a jamais eu autant d’étrangers à Rome qu’en 1750. Les fausses ruines de la villa Albani (vers 1760), les stèles de la place des Chevaliers de Malte (1765) satisfont un goût nouveau, antiquisant et romantique à la fois. Bientôt le Vatican ouvre ses galeries d’antiques, récemment décorées dans le style pompéien (musées Pio-Clementin, 1777; Chiaramonti, 1817). Mais, en dépit de Valadier qui remodèle la place du Peuple et le Pincio, le néoclassicisme romain reste un épisode dans l’histoire de l’art européen. Rome n’est plus guère qu’un conservatoire des formes. Lorsqu’en 1870 elle devient capitale de l’Italie unifiée, sa brusque croissance (elle s’étend, après 1900, au-delà des murs d’Aurélien) suscite d’immenses lotissements, de grands travaux (quais du Tibre), mais point de renouveau architectural. Avant et après la Première Guerre mondiale, les mouvements futuristes, implantés en Italie du Nord, ne la concernent pas. Cependant, les fouilles systématiques entreprises depuis le début du XXe siècle et la mise au jour d’imposants vestiges archéologiques en plein centre de la ville (temples du Largo Argentina, Forum romain et forums impériaux confèrent au paysage urbain une incomparable qualité. L’idée était néoclassique. L’administration napoléonienne en effet avait prévu l’aménagement d’une large zone archéologique comprenant le Palatin, le Grand Cirque et l’actuelle «Promenade archéologique». Au vrai, le sentiment de l’histoire fut toujours à l’origine des réveils successifs de cette très vieille ville; et d’ailleurs, depuis la Seconde Guerre mondiale, Rome s’est ouverte à des expériences nouvelles: gare Termini (1950); palazzetto e palazzo dello Sport (1960), Circo Flaminio de Pier Luigi Nervi.

Rome
(en ital. Roma) cap. de l'Italie, sur le Tibre; 2 828 690 hab.; ch.-l. de la prov. du m. nom et du Latium. Ses fonctions politiques, administratives, religieuses (V. Vatican) et artistiques contrastent avec la faiblesse de l'industrie. Le tourisme et les pèlerinages apportent des revenus importants. Université. Bx-A.
d1./d Le Forum romain, centre polit., commercial, juridique et écon. de la Rome antique, contient des vestiges: a) de l'époque républicaine: plus. temples, des basiliques, la Curie (salle de réunion du sénat), etc.; b) de l'époque impériale: plus. temples, une basilique, des arcs de triomphe, etc. De nombr. édifices furent convertis en églises. Le Forum romain est prolongé par les vestiges des forums de César, d'Auguste, de Trajan, le plus import. (IIe s. apr. J.-C.). Citons, en outre, le Panthéon, le Colisée, les thermes de Caracalla et ceux de Dioclétien, l'arc de triomphe de Constantin, le théâtre de Marcellus, le mausolée d'Auguste, celui d'Hadrien (château Saint-Ange), etc.
d2./d Rome est la ville du monde qui compte le plus d'églises. - égl. paléochrÉtiennes: basilique Ste-Marie-Majeure (IVe-Ve s.), basilique St-Paul-hors-les-Murs, St-Étienne-le-Rond (v. le Ve s.), etc. - égl. médiévales: St-Laurent-hors-les-Murs (IVe s., remaniée au XIIIe s.), St-Clément (XIIe s.), etc. - égl. Renaissance: basilique St-Pierre (V. Vatican), Ste-Marie-des-Anges, St-Pierre-aux-Liens, etc. - égl. baroques: Chiesa Nuova, égl. du Gesù (qui fonda le style jésuite), basilique St-Jean-de-Latran (cath. de Rome, ville dont le pape est l'évêque), etc. Parmi les sites chrétiens: les catacombes qui longent la via Appia; le château Saint-Ange.
d3./d Les palais romains abondent. De l'époque Renaissance: palais de Venise (XVe s.), palais Farnèse (XVIe s.), etc. De l'époque baroque: palais de Montecitorio (auj. Chambre des députés), palais Borghèse, etc. Parmi les villas: le Quirinal (fin XVIe s., résidence du président de la Rép.) et la villa Médicis (XVIe s.).
d4./d Les musées: musée du Vatican, galeries Borghèse et Barberini, galerie nationale d'Art moderne; pour l'Antiquité: villa Giulia (art étrusque), musées du Capitole, des Thermes, etc.
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Rome
(roi de). V. Napoléon II.
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Rome
(traité de) accords signés à Rome le 25 mars 1957, instituant la Communauté économique européenne et la Communauté européenne de l'énergie atomique (dite Euratom). (V. Europe.)
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Rome
cité-état, sur le site de la Rome actuelle, puis cap. du plus vaste état qu'ait connu l'Antiquité européenne. La ville de Rome aurait été fondée en 753 av. J.-C. Au prem. roi légendaire de la cité, Romulus, la tradition fait succéder le Sabin Numa Pompilius, le Romain Tullus Hostilius, vainqueur d'Albe (combat des Horaces et des Curiaces), le Sabin Ancus Martius, créateur du port d'Ostie, puis les rois étrusques Tarquin l'Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe. Ce roi est renversé par les nobles romains (v. 509 av. J.-C.), qui instaurent la république, dirigée par deux consuls, élus pour un an et qui peuvent, sur l'invitation du sénat, désigner un dictateur, aux pouvoirs quasi illimités mais temporaires (six mois). Alors débutent de longues luttes entre les patriciens, chefs des plus anc. gentes (la gens groupait tous ceux qui avaient un ancêtre commun, ainsi que leurs clients ou serviteurs), et les plébéiens (étrangers, descendants de peuples vaincus par Rome ou anc. clients), privés de droits politiques et religieux. Vers 300 av. J.-C., les plébéiens sont admis à la totalité des magistratures et obtiennent l'égalité devant la loi. Cette unanimité sociale conforte la domination des plébéiens riches (la nobilitas) sur la plèbe urbaine et rurale, y compris les publicains et les financiers (les chevaliers). Les campagnes militaires mobilisent sans cesse les citoyens, riches et pauvres: guerres contre les étrusques (prise de Véies, 395 av. J.-C.), les Latins (soumis en 335 av. J.-C.), les Volsques, les èques, et surtout contre les Samnites (343-290 av. J.-C.). Rome acquiert ainsi la maîtrise de presque toute l'Italie; elle s'ouvre plus largement sur la Méditerranée après la prise de Tarente (272 av. J.-C.) et affronte Carthage (guerres puniques, 264-146 av. J.-C.). En 146 av. J.-C., la destruction de Carthage permet la création de la prov. romaine d'Afrique et la Grèce est réduite à l'état de province. Rome étend ses conquêtes à la péninsule Ibérique (prise de Numance par Scipion émilien en 133 av. J.-C.), à la Gaule méridionale et, vers l'est, aux royaumes hellénistiques; Pergame est donnée à Rome en 133; après Sylla, Pompée achève en 63 la conquête de l'Orient en vainquant Mithridate. En Numidie, Marius capture le roi Jugurtha (105 av. J.-C.). Porté au pouvoir par les populares, Marius affronte Sylla, le représentant de l'aristocratie. Sylla l'emporte en 82 av. J.-C. et abdique brusquement en 79 av. J.-C. Pompée, renonçant à un coup d'état, forme avec César et Crassus (vainqueur de la révolte des esclaves menée par Spartacus) le premier triumvirat (60 av. J.-C.). Pompée, soutenu par le sénat, et César, le conquérant des Gaules, vainqueur de Vercingétorix (52 av. J.-C.), se livrent une guerre civile, remportée par César (bataille de Pharsale en 48 av. J.-C.) qui institue un pouvoir personnel. Mais son assassinat (44 av. J.-C.) montre que les sénateurs ne sont pas prêts à abdiquer leurs droits. La guerre civile entre Antoine, lieutenant de César, et Octave, héritier de ce dernier, voit le succès d'Octave (victoire d'Actium, en 31), qui, en 27 av. J.-C., se fait décerner par le sénat le titre d' auguste. Auguste organise, avec génie, un empire qui s'étend de la Manche à la mer Rouge, du Danube au Sahara, et crée notam. une administration permanente entièrement aux mains de l'empereur. Son beau-fils Tibère lui succède (14-37 apr. J.-C.); il est le deuxième empereur de la dynastie dite julio-claudienne (julio par référence à Caius Julius César) qui amène successivement au pouvoir Caligula (37-41), Claude (41-54), Néron (54-68), Galba (68-69), Othon (69) et Vitellius (69). Leur règne est suivi par celui des Flaviens: Vespasien (69-79), Titus (79-81), Domitien (81-96). Viennent ensuite les Antonins: Nerva (96-98), Trajan (98-117), Hadrien (117-138), Antonin le Pieux (138-161), Marc Aurèle (161-180, associé à Vérus de 161 à 169), Commode (180-192). à la mort de Commode, les généraux des diverses prov. se disputent l'Empire. Septime Sévère (193-211) l'emporte et fonde la dynastie des Sévères: Caracalla (211-217), élagabal (218-222) et Sévère Alexandre (222-235) lui succèdent. L'anarchie militaire (235-268) marque le début du Bas-Empire: on se défend localement contre les Barbares et contre les paysans révoltés. Les cités qui s'étaient multipliées pendant la paix romaine (pax romana), tendent à s'étioler, mais, peu à peu, la prééminence des grands propriétaires terriens s'affirme dans toutes les provinces et les populations paysannes forment une masse inférieure (colons). Les empereurs illyriens (268-284) parviennent à sauver l'unité de l'Empire (V. Aurélien), mais, dès 286, il avait éclaté économiquement, politiquement et culturellement. En 293, Dioclétien instaure un régime qui scinde l'Empire en un Occident (jusqu'à l'Adriatique) et un Orient (des Balkans à l'Euphrate), tous deux dirigés par deux empereurs. Peu à peu, le christianisme prend une place prépondérante, notam. sous Constantin Ier, fondateur de Constantinople (324-330), dont l'édit de Milan (313) permet le libre exercice des religions. Le christianisme s'affirme définitivement avec Théodose Ier (379-395). à sa mort, l'Empire, débordé par les Barbares, est partagé entre ses deux fils, Arcadius, empereur d'Orient, et Honorius, empereur d'Occident. En 410, Rome tombe aux mains des Wisigoths d'Alaric; en 476, Odoacre détrône Romulus Augustule, le dernier empereur romain d'Occident. Seul l'Empire romain d'Orient subsistera jusqu' en 1453, date de la prise de Constantinople par les Turcs (V. byzantin [Empire]).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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